« 2005-11 | Page d'accueil | 2006-05 »

05 décembre 2005

L'écume des jours

Ecrêter des tours

       et fragmenter des barres...

 

Toute la poésie du renouvellement urbain

04 décembre 2005

Greffe de visage

Ou plutôt une "allotransplantation de tissus composites", comme si la longueur du mot devait témoigner de la lourdeur de l’intervention. A ce que j'ai compris, il s'agit de prélever les éléments un à un (et pas de tout décoller au laser comme dans Volte-face). On les replace ensuite sur le visage du patient et commence alors un véritable travail d'orfèvre : raccorder les veines, les nerfs, les muscles, greffer le cartilage... puis on balance la peau par dessus et on l'agraffe avec du scotch.

Oui Messieurs !

Vous vous demanderez certainement d'où je tiens toute cette science... et c'est une question judicieuse ! On m'a fait une greffe de peau il y a un an et demi. C'était certes sans commune mesure avec ce qui vient de se passer, mais ce passage par la case hôpital a laissé en moi une certaine fascination pour le bricolage-biologique.

Ce genre d’opération s’est banalisé et ne comporte aucun risque de rejet si le médecin est habile. Les choses se compliquent cependant lorsque les brûlures recouvrent une trop grande surface du corps (plus de 20%). Se pose alors la question des sites donneurs : faut-il étirer les tissus prélevés (greffe en filet, inesthétique), utiliser des ballons expandeurs avant le prélévement (une poche de sérum est placé sous la peau saine, que l’on gonfle progressivement pour étirer les tissus, je vous laisse imaginer le spectacle) ou encore greffer de la peau artificielle ?
La greffe de peau reste une opération délicate ; il faut un travail très précis du chirurgien pour que le résultat, plus que fonctionnel, puisse redevenir esthétique... ...à long terme : 2 à 5 ans pour une cicatrisation optimale, on ne remarque alors plus rien. Et ça c'est incroyable quand on a vu le greffon à J+10.

Ethique de l'esthétique? 

L’aspect esthétique joue un rôle primordial dans la guérison psychologique. La disparition des séquelles permet d'effacer le trauma. Je comprend que la patiente ait eu envie de prendre le risque qu’elle a pris. Perdre son visage, c’est déjà mourir un peu. Rien ne sera plus jamais comme avant. Vous avez vu Vanilla Sky ? N'allez pas le voir il est à chier. L'apparence (je ne parle pas de beauté) n'a rien d'une préoccupation superficielle. Valery ne disait-il pas "ce qu'il y a de plus profond en l'homme, c'est la peau" ?

Le Docteur fou reçoit l'aval du Conseil de l'éthique !!

Lorsque j'étais gamine, mon père ce héros avait greffé un pêcher sur un prunier. Deux entailles en biseau et le tour était joué : nous avions des fruits mutants pour l'été. Mais si une greffe de peau met deux ans avant de trouver sa forme définitive, qu’en sera-t-il d’une multi-greffe provenant d’un corps étranger ? On ne peut pas négliger les risques de rejet, même si les médecins se targuent de prévoir des injections de cellules souche prélevées dans la moëlle de la donneuse. Il faudra qu'on m'explique... J’ai comme l’impression que l'on joue avec Dieu.

J’aimerais connaître vos réactions sur les différents aspect de ce sujet (scientifique, éthique, psychologique, témoignages?). Et peut-être aussi sur la personnalité du docteur Dubernard... Ca vaut le détour !

Chroniques suburbaines (1)

J'aime voir le métro déboucher dans les stations courbées, dans un long gémissement de ferraille. Il me fait penser à un gros vers qui sort de sa galerie, le vers des entrailles parisiennes, souffrant et solitaire.  Il file dans la nuit et la saleté en hurlant sa douleur. Et nous, à l'intérieur, nous écoutons...

Cet soir, dans la ligne 13, une femme aux cheveux rèches a reproché à une autre de ne pas l'avoir laissé monter : j'ai failli avoir un accident ! Celle-ci, une grosse africaine, ne s'était rendu compte de rien. Le métro était plein, les gens fatigués, entassés, énervés. Le ton s'élève, et la première femme, visiblement hors d'elle-même, somme la seconde de rentrer dans son pays. Le métro sursaute. Les gens se taisent. Dans la bouche d'un adulte, ces mots sont d'une violence extrême.

Et puis une petite voix derrière moi, de commenter : elle veut se faire frapper celle-là. Ce genre de trucs tu peux même pas le dire dans le 16ème, alors sur la ligne 13! ...Elle cherche la merde.

Et moi je n'ai rien dit. J'aime le peuple en interaction.

Je comprends un peu mieux Paris maintenant.

 

Toutes les notes