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04 décembre 2005

Greffe de visage

Ou plutôt une "allotransplantation de tissus composites", comme si la longueur du mot devait témoigner de la lourdeur de l’intervention. A ce que j'ai compris, il s'agit de prélever les éléments un à un (et pas de tout décoller au laser comme dans Volte-face). On les replace ensuite sur le visage du patient et commence alors un véritable travail d'orfèvre : raccorder les veines, les nerfs, les muscles, greffer le cartilage... puis on balance la peau par dessus et on l'agraffe avec du scotch.

Oui Messieurs !

Vous vous demanderez certainement d'où je tiens toute cette science... et c'est une question judicieuse ! On m'a fait une greffe de peau il y a un an et demi. C'était certes sans commune mesure avec ce qui vient de se passer, mais ce passage par la case hôpital a laissé en moi une certaine fascination pour le bricolage-biologique.

Ce genre d’opération s’est banalisé et ne comporte aucun risque de rejet si le médecin est habile. Les choses se compliquent cependant lorsque les brûlures recouvrent une trop grande surface du corps (plus de 20%). Se pose alors la question des sites donneurs : faut-il étirer les tissus prélevés (greffe en filet, inesthétique), utiliser des ballons expandeurs avant le prélévement (une poche de sérum est placé sous la peau saine, que l’on gonfle progressivement pour étirer les tissus, je vous laisse imaginer le spectacle) ou encore greffer de la peau artificielle ?
La greffe de peau reste une opération délicate ; il faut un travail très précis du chirurgien pour que le résultat, plus que fonctionnel, puisse redevenir esthétique... ...à long terme : 2 à 5 ans pour une cicatrisation optimale, on ne remarque alors plus rien. Et ça c'est incroyable quand on a vu le greffon à J+10.

Ethique de l'esthétique? 

L’aspect esthétique joue un rôle primordial dans la guérison psychologique. La disparition des séquelles permet d'effacer le trauma. Je comprend que la patiente ait eu envie de prendre le risque qu’elle a pris. Perdre son visage, c’est déjà mourir un peu. Rien ne sera plus jamais comme avant. Vous avez vu Vanilla Sky ? N'allez pas le voir il est à chier. L'apparence (je ne parle pas de beauté) n'a rien d'une préoccupation superficielle. Valery ne disait-il pas "ce qu'il y a de plus profond en l'homme, c'est la peau" ?

Le Docteur fou reçoit l'aval du Conseil de l'éthique !!

Lorsque j'étais gamine, mon père ce héros avait greffé un pêcher sur un prunier. Deux entailles en biseau et le tour était joué : nous avions des fruits mutants pour l'été. Mais si une greffe de peau met deux ans avant de trouver sa forme définitive, qu’en sera-t-il d’une multi-greffe provenant d’un corps étranger ? On ne peut pas négliger les risques de rejet, même si les médecins se targuent de prévoir des injections de cellules souche prélevées dans la moëlle de la donneuse. Il faudra qu'on m'explique... J’ai comme l’impression que l'on joue avec Dieu.

J’aimerais connaître vos réactions sur les différents aspect de ce sujet (scientifique, éthique, psychologique, témoignages?). Et peut-être aussi sur la personnalité du docteur Dubernard... Ca vaut le détour !