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04 novembre 2005

Woody Allen ça craint ?

Post peu recommandé si vous n'avez pas vu Match Point ; Match Point très recommandé si vous n'êtes pas encore allé le voir.

Lundi dernier Sandrine et moi sommes allées voir le dernier film de Woody Allen. Nous sommes tombées d'accord sur deux points : ce film est excellent, et Scarlett Johanson est vraiment bonne.

Mais au-delà ce maigre consensus une terrible divergence subsiste, dans le jugement du comportement de Chris Walton, le personnage principal. Est-il fondamentalement malhonnête et lâche comme l'affirme Sandrine? Ou bien l'analyse de sa conduite du point de vue de critères moraux est-elle au contraire peu pertinente?

Sandrine a détesté Chris Walton, sa façon de tromper sa femme et de faire à son amante des promesses qu'il sait qu'il ne tiendra pas. Quant à moi, ben, je me suis plutôt identifiée à lui pendant tout le film. Au point de ne même pas être surprise de la "solution" qu'il choisit dans la dernière demi-heure. Et c'est là le style de Woody Allen qui refait surface, occulté jusqu'alors par le sérieux de l'oeuvre. Le style Woody Allen, c'est ce meurtre, d'autant plus violent qu'il est commis dans un film analysant les rapports de couple et de classes sociales, dans un film avec des personnages auxquels on est tenté de s'identifier...  Un meurtre qu'on a l'impression de commettre soi-même, car un vrai meurtre : le meurtre de quelqu'un de bien vivant, un meurtre commis par quelqu'un qui n'a jamais tué, un meurtre dans lequel on sent la lourdeur de la gachette et la difficulté de la presser, mais qui dans la logique de Chris Walton semble si logique, si nécessaire.

L'originalité de Match Point c'est cette fin grave et si légère à la fois. Car Woody Allen se libère des règles de morale qui veulent qu'on paie toujours le prix de ses actes au cinéma. Chris, lui, est libre de recommencer sa vie. De son atrocité il ne sera pas puni, si ce n'est en en gardant sombrement la marque dans son regard.

La clé du film est une bague, jetée par le criminel dans la Tamise, mais qui rebondit sur la rampe comme une métaphore de la chance.

A ce moment là, seul le hasard tire les ficelles du destin, selon que la bague passe de l'autre côté de la barrière pour se noyer dans le fleuve, ou retombe sur le trottoir avec la fatalité d'une preuve assommante. Une scène aussi mécanique que cette bague qui rebondit sur une rambarde, se retrouve chargée de tant de sens et de tension, au point de nous faire frémir et expirer...

...

J'aimerais avoir votre avis sur le film et les personnages. Savoir si vous avez ressenti la même chose que moi, et savoir aussi ce que vous avez pensé de Chloé et Nola.